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Pourquoi le foot français marche moins bien que ses voisins

Emilie Lévêque - 11/03/2009 17:03:00 - L'Expansion.com

L'écart de revenus entre le championnat de football français et son homologue anglais s'établit à un milliard d'euros. Il est de 400 millions avec les championnats allemand, espagnol et italien. Pour rattraper son retard, la France doit moderniser ses stades et rendre plus attractif son football.

Principalement tiré par la croissance des droits TV, le championnat français de Ligue 1 de football est une affaire qui marche bien, en apparence. Il a poursuivi sa croissance sur l'ensemble des postes de recettes en 2006/2007 (+ 7% au global). Et le nouvel accord sur les droits TV et médias, qui est entré en vigueur en 2008/2009 (668 millions d'euros), devrait lui permettre de passer pour la première fois la barre du milliard d'euros de chiffre d'affaires, selon une étude comparative publiée par Ineum Consulting et l'école de commerce de Marseille Euromed.

Toutefois, la France reste encore largement distancée par ses voisins européens. L'écart de revenus entre la L1 et la Premier League - le championnat anglais - s'établira ainsi, à la fin de la saison 2008/2009, à un milliard d'euros. Et encore, la Premier League est affectée de manière sensible par les variations de change entre la livre et l'euro. Si le taux de change était resté à son niveau du 30 juin 2007, la Premier League enregistrerait un chiffre d'affaires de plus de 3 milliards d'euros en 2008/2009. Pire : le championnat de football de première division français reste également très loin des autres ligues européennes : la différence de chiffre d'affaires est d'environ 400 millions d'euros avec la Bundesliga allemande, le Calcio italien et la Liga espagnole.

Outres les considérations sportives, comment expliquer, d'un point de vue macro-économique, cette sous-performance du championnat français ? Quelles sont les solutions pour permettre à la rance de rattraper son retard sur ses voisins européens ?

Ineum Consulting / Euromed

« Depuis l'arrêt Bosman [décision de la CJCE qui a donné raison au footballeur belge jena-Marc Bosman, considérant que les règlements de l'UEFA, et notamment ceux instaurant des quotas liés à la nationalité, étaient contraires à l'article 39 du Traité de Rome sur la libre circulation des travailleurs entre les États membres. Depuis cet arrêt, rendu en décembre 1995, l'UEFA a aboli les quotas de joueurs communautaires, ce qui a immédiatement entraîné une augmentation des transferts, ndlr], les ressources financières sont aujourd'hui décisives pour attirer les meilleurs talents. Le paysage du football européen est aujourd'hui un modèle industriel basé sur le pouvoir d'achat », explique Vincent Chaudel, consultant chez Ineum consulting.

Les stades de foot français ont une trop faible affluence

L'étude Ineum Consulting / Euromed établit un lien direct entre dynamique commerciale et affluence des clubs de football. Or les clubs de football de la L1 française souffrent d'un manque d'affluence. Ainsi, alors que l'affluence de la première division allemande a progressé de 25 % sur les dix dernières années pour atteindre 39.000 spectateurs en moyenne par match sur la saison 2008/2009, les affluences cumulées du championnat de première division français n'ont progressé que de 17 % depuis la saison 2002/2003, pour atteindre une moyenne de 20.000 spectateurs par match.

Cette faible affluence a bien sûr des conséquences sur les recettes des clubs liées à la billetterie, amis également sur les recettes commerciales proprement dites (recettes de sponsoring et publicité, merchandising, recettes des activités séminaires et autres produits dérivés). Ainsi, les recettes commerciales des clubs de football de L1 devraient atteindre 270 millions d'euros sur la saison 200/2009, contre 670 millions pour la Bundesliga allemande et 530 millions pour la Premier Ligue anglaise.

Ineum Consulting / Euromed

Plusieurs failles expliquent le manque d'affluence au stade des clubs français. La France part tout d'abord avec un handicap majeur : celui de la démographie. Alors que la taille moyenne de l'aire métropolitaine des clubs de première division en Allemagne et en Angleterre dépasse la barre des cinq millions d'habitants, celle des clubs français s'établit à 1,3 million. Alors qu'en Grande-Bretagne plus de 13 clubs de football de première division évoluent dans une même aire métropolitaine de plus de 2 millions d'habitants, il n'y a qu'un club de L1 en France dans cette même aire. Ce constat pose notamment la question de la création d'un deuxième grand club de football parisien.

Moderniser les stades permettrait de générer 250 millions d'euros supplémentaires

Comme il est cependant impossible de déplacer la population française, d'autres solutions existent pour dynamiser l'affluence dans les stades de football français. Le défi majeur du football français est aujourd'hui le grand chantier de l'agrandissement et de la modernisation des stades.

« Il faut créer des stades plus grands, plus modernes et mieux adaptés aux attentes des clients, tant d'un point des spectateurs que des entreprises et des annonceurs », explique Vincent Chaudel. Il apparaît donc indispensable de mener à bien les projets de la rénovation du stade de Gerland - le stade de l'Olympique Lyonnais - qui prévoit de passer dd'une capacité de 40.000 place actuellement à 60.000 places, ou encore du stade du LOSC - le club de Lille - qui prévoit de passer de 20.000 à 50.000 places.

Moderniser les stades signifie aussi, selon l'étude Vincent Chaudel, augmenter la place disponible pour les tribunes V.I.P. et les loges d'entreprises. Ceci aura pour effet d'augmenter mécaniquement le chiffre d'affaires billetterie sans toucher au prix facial pour les téléspectateurs. Par exemple, si la Premier League anglaise reste largement en tête de ses voisins européens en matière de recettes de billetterie, avec une progression continue du revenu moyen par spectateur (61 euros par spectateur pour la saison 2006/

2007 contre 40 euros en 2002/2003), c'est en raison des efforts récents des clubs anglais pour augmenter les places VIP et les hospitalités.

Faire du football français un spectacle plus attractif

Ineum Consulting / Euromed

Selon Ineum Consulting et Euromed, la modernisation du parc de stades français des clubs de Ligue 1 pourrait générer chaque année environ 250 millions d'euros supplémentaires, grâce à la progression des recettes billetterie (hausse des affluences et du prix moyen...), du sponsoring (développement du naming...) et des autres recettes commerciales (nouvelles offres pour les entreprises, développement des services marchands au sein du stade...). Le rapport d'Eric Besson sur la compétitivité du football français, remis en novembre 2008 au gouvernement, a confirmé cette estimation, en l'ajustant à 257 millions d'euros.

Restent donc environ 150 millions d'euros de recettes à trouver pour que la première ligue de football française rattrape le niveau de ses voisins. Pour cela, le rapport Ineum Consulting Euromed propose des pistes pour « augmenter l'intérêt du spectacle sportif du football », afin d'attirer plus de spectateurs et d'annonceurs. Parmi ces pistes : jouer un maximum de matches l'été avec une trêve hivernale en janvier, avancer l'heure des matches du soir à 17h30, changer la comptabilisation des points de la L1 en prenant en compte des bonus offensifs et défensifs, diminuer le nombre de clubs en L1 de 20 à 16, créer des play-offs pour le titre de champion de France, etc.

Ces pistes permettraient, selon l'étude, de recruter 25 000 spectateurs supplémentaires en moyenne par match de L1 et de générer 13 millions d'euros annuels de recettes supplémentaires par club moyen de Ligue 1, voire 15 à 25 millions d'euros supplémentaires pour les clubs à dimension européenne.